Mouvements autour des SEL

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Sept façons de construire l’économie solidaire

20-juil-2019

Sept façons de construire l’économie solidaire

L’économie solidaire est un mouvement mondial dont l’objectif est d’instaurer un monde post-capitaliste qui placerait les humains et la planète au cœur des priorités plutôt que de poursuivre une croissance aveugle et un profit maximal. Il ne s’agit pas d’un programme pré-établi mais d’une toile de fond qui comprend un large éventail de pratiques économiques, parmi lesquelles les valeurs de solidarité, de démocratie participative et d’équité dans toutes ses dimensions, notamment la race, la classe et le genre, la durabilité et le pluralisme. Ceci veut bien dire qu’il ne peut pas y avoir d’approche « taille unique», où une seule taille habille tout le monde. Néanmoins, la notion de buen vivir, le bien-vivre en harmonie avec les autres et avec la nature, imprègne tout ce que fait le mouvement.

Certaines de ces pratiques sont anciennes et d’autres sont nouvelles, certaines sont traditionnelles, d’autres sont alternatives. Les méthodes de l’économie solidaire existent dans tous les secteurs de l’économie : la production, la distribution et l’échange, la consommation, la finance et la gouvernance / Etat. On pense souvent aux coopératives et aux banques mutualistes qui appartiennent à leurs clients et sont gérées par eux mais ce n’est qu’un exemple. Il y a également les fiducies foncières communautaires, les budgets participatifs, les monnaies sociales, les banques de temps, les prêts entre particuliers, les systèmes de troc, les échanges de cadeaux, les jardins partagés, les idées autour des biens communs, certains types de commerce équitable, l’économie de partage et le travail non-rémunéré des soignants familiaux.

Le principe de l’économie solidaire est de s’appuyer sur toutes ces méthodes et de les combiner entre elles afin de transformer le capitalisme en encourageant et en faisant ressortir le meilleur de notre nature humaine.

Plutôt que de faire des vertus des principes sous-jacents au capitalisme - la poursuite délibérée de l’intérêt personnel, le profit maximum et la concurrence – cette économie encourage notre capacité de solidarité, de coopération, de réciprocité, d’entraide, d’altruisme, de bienveillance, de partage, de compassion et d’amour. La recherche dans de nombreuses disciplines démontre de plus en plus que nous sommes programmés pour coopérer, et qu’en fait, la survie de l’espèce humaine dépend de notre capacité à travailler ensemble.

Si ceci vous semble digne d’être soutenu, voici sept façons de contribuer à instaurer l’économie solidaire.

Photo : L’économie solidaire comprend un large éventail de pratiques économiques, telles que des coopératives, des coopératives de crédit et des jardins partagés. Coop Detroit, le dernier restaurant ouvert par le célèbre chef-cuisinier Maxcel Hardy, sert la population locale tout en soutenant les fermes locales.

(AP/Carlos Osorio)

1.      Accroître l’auto-subsistance et la production locale

Au cours de l’histoire, pour subvenir à leurs besoins, les groupes humains ont cultivé et cueilli leur nourriture, construit des routes, des systèmes d’irrigation et des logements, mis au point des médicaments, développé l’art, fabriqué des vêtements et du mobilier. Mais avec le capitalisme, nous sommes incités à acheter toutes sortes de choses et il nous faut par conséquent un emploi pour gagner de l’argent et payer tout ça. Depuis la crise économique mondiale de 2008, la crainte de l’instabilité et de la fragilité d’une telle économie s’est accrue. Si vous ajoutez à cela la prévision que 40% des travailleurs aux USA pourraient être remplacés par l’intelligence artificielle et l’automatisme, il devient encore plus urgent de réfléchir à la façon dont les communautés peuvent assurer elles-mêmes leur subsistance pour survivre à un effondrement économique imminent ou une destruction massive des emplois.

La production des populations répond à leurs besoins sans utiliser de technologie poussée, comme la culture de potagers et l’élevage de poules dans des jardins partagés, la cueillette dans les paysages urbains, ainsi que des marchés de trocs ou marchés aux puces, des réseaux d’aide mutuelle et de partage de compétences. Mais il y a aussi une démocratisation des technologies de pointe. A Detroit par exemple (où la population vit avec un chômage massif depuis des décennies), un « fablab » qui met entre toutes les mains une technologie novatrice, le « Centre Grace Lee Boggs pour encourager la gouvernance des communautés et stimuler l’intérêt », soutient tout un ensemble d’expériences de productions collectives, depuis la permaculture, les marchés de troc et les partages de compétences jusqu’aux  impressions en 3D de bâtiments et des réalisations utilisant la conception assistée par ordinateur (CAO).

2. Transférez votre argent

Si vous avez un compte dans une grande banque, envisagez de transférer votre argent vers une coopérative de crédit locale. Ces coopératives financières appartiennent à leurs membres et sont gérées dans l’intérêt de ceux-ci, qui sont aussi les titulaires des comptes. Encore mieux, trouvez une coopérative de crédit pour le développement collectif qui se consacre aux populations à faibles et moyens revenus. Les coopératives de crédit sont exactement comme des banques où vous pouvez ouvrir un compte courant ou un compte épargne, obtenir une carte bleue et  faire un emprunt. Pourtant (dans l’ensemble), elles n’ont pas eu recours à ce type de prêts toxiques et autres tromperies financières qui ont fait s’effondrer l’économie en 2008.

 3. Investissez ou faites un don aux nouvelles institutions

Il y a de nombreuses façons de soutenir financièrement l’économie solidaire. Par exemple, les appels publics directs sont devenus un moyen populaire et efficace de réunir des capitaux pour les coops. Les appels publics à l'épargne s’adressent à la population pour trouver des investisseurs qui acceptent de leur plein gré des taux d’intérêt relativement bas parce qu’ils croient en la mission de l’entreprise. Les cercles de crédit d’entraide sont une pratique traditionnelle à la popularité grandissante, rassemblant un groupe de gens qui versent un montant mensuel défini, et chaque membre reçoit, à son tour, toute la cagnotte à intérêt zéro. Il y a aussi l’option de participer à des campagnes de crowdfunding ou le don d’argent et d’autres formes de soutien aux organisations et réseaux de l’économie solidaire.

4. Investissez dans la pierre pour vous loger, pas pour spéculer

Le système immobilier actuel débouche sur des conséquences délirantes. Selon une estimation prudente, par exemple, plus d’un demi-million de personnes dorment chaque nuit dans la rue aux Etats-Unis, même s’il existe 5,8 millions de logements vacants (sans compter les maisons à vendre et les résidences de vacances). L’une des raisons de cette disparité est que l’immobilier devient de plus en plus une marchandise faisant l’objet de spéculations - un capital à mettre en jeu en vue d’éventuels gains considérables - plutôt qu’une réponse aux besoins des gens. Non seulement la spéculation accentue la pénurie en écartant des logements du marché et en faisant grimper les prix mais une implosion est également possible, comme ça s’est passé de façon spectaculaire en 2008, entraînant une crise économique mondiale.

Si vous vous intéressez à des solutions en matière de logement, pensez aux logements à « capitalisation limitée » comme la fiducie foncière communautaire, à certaines coopératives d’habitation et aux lotissements coopératifs qui sortent le logement du marché spéculatif. Avec ces approches, les prix de revente sont plafonnés pour les maintenir accessibles. On s’est inquiété du moyen d’empêcher les personnes à revenus faibles ou modérés de s’enrichir de cette façon grâce à la hausse de l’immobilier, mais c’est le modèle du capital limité qui rend avant tout les coûts abordables.

5. Soyez votre propre patron - dénichez un emploi dans une coop ou fondez-en une vous-même

Les travailleurs gèrent les entreprises coopératives dont ils sont propriétaires. Ils décident de la bonne marche de l’entreprise et de l’emploi des bénéfices – les partager, les réinvestir dans l’entreprise, ou en allouer une partie à des projets sociaux. Cette approche contraste avec une entreprise capitaliste dans laquelle les propriétaires s’emparent de tous les bénéfices générés par le travail du personnel – un processus d’exploitation ainsi que de lutte des classes. 

Des villes comme New York et Madison, dans le Wisconsin, investissent des millions de dollars pour lancer et financer des coopératives de travailleurs, dans le cadre d’une stratégie de développement économique solidaire pour créer des emplois et des possibilités d’enrichir les populations à faibles revenus et les populations de couleur. Si cette forme de démocratie économique vous intéresse, vous pouvez chercher un emploi dans une coopérative existante ou créer la vôtre. C’est un vrai défi mais il existe un système de soutien qui se développe et offre des programmes de formation et d’autres formes d’assistance aux coopérateurs afin de les aider à s’y retrouver.

6. Rapprochez-vous des autres acteurs de ce système économique émergent et parlez-leur

Si ça vous intéresse, renseignez-vous sur ce qui se passe et envisagez de rejoindre le réseau économique solidaire américain ou le RIPESS pour l’Europe (Réseaux et Initiatives pour la Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire). Si vous êtes auteur, écrivez donc sur ce sujet ; si vous êtes étudiant, étudiez-le ; si vous êtes professeur, enseignez-le ; si vous êtes militant, poussez votre association à adopter une structure d’économie solidaire. Si vous êtes politicien, alors, favorisez des politiques qui la soutiennent ; si vous êtes déjà impliqué dans une organisation comme une coopérative, trouvez des moyens de vous rapprocher d’autres pour établir des chaînes  logistiques qui suivent des principes de solidarité. Il y a un million de manières de renforcer l’économie solidaire et de lui donner plus de visibilité. Même ne faire qu’en parler est bénéfique.

7. Vivez selon vos principes

Le capitalisme encourage des valeurs et un comportement calculateurs et égoïstes mais Elinor Ostrom (dont le travail sur les biens communs a été récompensé par un Prix Nobel) et d’autres auteurs ont montré que les ressources collectives comme des forêts, des étangs poissonneux, des pâturages ainsi que l’eau peuvent être gérés plus efficacement, de façon plus durable et plus équitable, que les mêmes ressources gérées de façon privée, pourvu qu’il existe des règles et des mécanismes d’application de ces règlements afin d’empêcher les pratiques déloyales.

Il nous faut construire une économie qui est basée sur la totalité de l’être humain et qui s’appuie donc sur la solidarité Nous sommes tous engagés dans le travail social et économique précieux de prendre soin de nos enfants, de nos aînés, de nos voisins et de nos associations. Et ceci, non pas pour de l’argent, mais grâce à notre capacité innée d’amour, d’amitié, de réciprocité, de bienveillance et de compassion. Cultivez ce qu’il y a de meilleur en vous et vivez le pleinement.

Pour en apprendre plus sur l’Economie Solidaire et le mouvement mondial qui la soutient, visitez http://www.ussen.org.

Cet article a d’abord été publié par openDemocracy Emily Kawano 13 septembre 2018 - Traduit par Pascale Dey pour CommunityForge.

https://www.equaltimes.org/seven-ways-to-build-the-solidarity?lang=en#.W6XgxfZuL4j

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Crise climatique

20-juil-2019

Crise climatique

Publié par matslats dimanche, 09/juin/2019 - 09:07   http://matslats.net/climate-crisis Cela fait longtemps que je soupçonne notre civilisation de ne pas être viable. Au moment de l’effondrement bancaire de 2008, j’ai suivi de près les rapports apocalyptiques qui déclaraient que nous étions à deux doigts de l’Armaggedon économique – qu'est ce que cela signifiait? Comme j'ai mieux compris la stupidité du dogme capitaliste, prêché de plus en plus par des sociopathes égocentriques et vaniteux, comment cela requiert une consommation exponentielle des ressources et qui ne sait pas réagir aux avertissements assourdissants des scientifiques, j’en suis arrivé à attendre l’effondrement financier ultime, à tout moment, ou tout au moins de mon vivant.
 
En début avril 2018, j'ai été alarmé quand le vortex polaire a éclaté et que l’Europe a gelé mais l’article de Jem Bendell, http://Deep Adaptation: A map for navigating the climate tragedy (Adaptation extrême : carte pour parcourir la tragédie du climat) ne m’a pas trop inquiété. Sa théorie favorite était l’échec des divers greniers à blé mondiaux (EMGB) dans les 5 à 10 ans, la fonte de la glace des mers au pôle nord causant une telle perturbation de la météo que les récoltes de céréales en Russie, au Canada et aux USA seraient toutes catastrophiques et provoqueraient un effondrement de la société. Bon, admettons, me suis-je dit.
Les intuitions de Jem peuvent être étonnantes. La semaine dernière, j’ai entendu la nouvelle que le vortex polaire s’était déplacé de l’océan polaire moins froid vers le Groenland, où il reste davantage de glace, et que ceci implique une pluie presque incessante pour les céréaliers américains. A la fin la saison des semailles, seuls 60% des champs avaient été ensemencés et la majorité de ceux-ci étaient noyés. Ce fait, avec la sécheresse en Australie et un long hiver en Russie signifie que nous sommes confrontés à cet EMGB cette année.
Soudain, je ne suis plus aussi optimiste. Mon travail de ces dix dernières années sur les monnaies complémentaires est empreint d’optimisme. Je n’avais pas le sentiment que les gens puissent s’organiser pour mener la société différemment. Je sentais que même s’il n’y avait qu’une chance minime d’être utile, face à tant de souffrance, travailler à changer le système était pertinent. A présent, avec trop peu de temps pour changer le système, c’est difficile de trouver un sens. Nous nous sommes prélassés au soleil sur la plage sans nous préoccuper de la marée qui s’est reculée bien trop loin, et maintenant nous voyons l’écume du tsunami à l’horizon. C’est trop tard pour installer le système d’alerte précoce, trop tard pour consolider nos maisons, nous n’avons plus que le temps de courir et d’espérer. C’est le moment pour moi d’admettre que le système que je travaillais à améliorer sera détruit et tout mon travail sera anéanti. C’est trop tard pour bâtir un réseau électrique décentralisé, trop tard pour remanier la finance, trop tard pour construire un meilleur système alimentaire, trop tard pour rétablir notre outil industriel, trop tard pour restaurer nos sols, notre agriculture, trop tard pour les technologies de capture du carbone, trop tard pour démanteler le Léviathan des combustibles fossiles, trop tard pour tous les espoirs auxquels je m’accrochais. Depuis la semaine dernière, je ne sais plus où j’en suis. Les lecteurs qui m’ont connu après 2008 vont pouvoir comparer mon anxiété d’alors à celle d’aujourd’hui. Dans les deux cas, j’ai raison sur le mécanisme et il est impossible de connaître l’échéance. La science du climat est loin d’être exacte mais quand ses effets commencent à se manifester, il serait absurde de notre part de dire que c’est faux. Mais il y a un fossé entre affirmer « les récoltes vont s’effondrer » et « la société va s’effondrer », ça, c’est une toute autre histoire. Une société sensée pourrait encore prendre des mesures (c’est ça l’Adaptation extrême) pas tant pour réduire les émissions de carbone mais pour s’assurer que les ressources sont partagées. Mais notre société est tout sauf sensée, ni même consciente de ce qui est à venir. Une famine réelle mais gérable, comparable peut-être à la période particulière à Cuba sera aggravée par de la stupeur, des reproches, le deuil du climat #ClimateGrief, et des élites opportunistes profitant de la souffrance. Donc cet hiver, les réserves mondiales de céréales seront consommées et, comme en 2011, les pays les plus pauvres connaîtront une instabilité politique entretenue par les prix élevés des denrées alimentaires. Puisque le pôle nord a dépassé le point critique, l’année prochaine sera vraisemblablement encore pire, donc dans 18 mois, beaucoup de gens paniqueront. Plus que jamais auparavant, les aliments que nous mangerons ôteront directement le pain de la bouche des affamés. Certains prédisent l’extinction du genre humain mais ça me paraît une perte bien abstraite. J’ai le cœur lourd et le regard constamment dans le vague parce que j’éprouve du chagrin de l’échec de notre extraordinaire civilisation, j’imagine le développement d’une souffrance inutile et je me prépare à affronter un avenir difficile.
On est facilement angoissé par le futur qui est inconnu par définition. Mais, dans ce cas, nous en savons beaucoup – c’est juste que nous passons trop peu de temps à relier les points pour voir l’image complète. Je développerai peut-être mes pensées une autre fois – s’il n’est pas trop tard Vous avez d’autres suggestions d’expériences à partager avec notre réseau?  Nous vous proposons de nous les communiquer à l’adresse [email protected] et nous les répercutons dans la mesure de nos possibilités.

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